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BONUS

Quelques années plus tard…

 

   En s’ouvrant, la porte couina et vint mourir sur l’imperméable qui pendait au perroquet. Dans son entrebâillement se détachait une silhouette pas plus haute que la poignée. Le temps que mes yeux s’habituent à l’obscurité qui inondait le couloir, un pyjama rose à l’effigie de Minnie se faufila dans la chambre avec la légèreté d’un félin, contourna le lit et parvint à ma hauteur.  

   Constance sursauta sans se réveiller. Sa journée de travail l’avait assommée. Avec d’infinies précautions, je déposai mon journal sur la table de chevet et enroulai mon bras autour de la taille de Louise en lui chuchotant à l’oreille :

Chut ! Maman dort. Qu’est-ce-qui se passe, ma princesse ?

J’ai fait un cauchemar.

   Je décelai dans les grands lacs de ses yeux bleus, la lueur d’un nouveau petit mensonge. Un adorable jeu de dupe qui m’ôtait toute forme d’autorité et dont la finalité consistait à se glisser sous les draps du lit parental et à s’y faire discrètement oublier jusqu’au matin.

Encore ? la questionnai-je finalement en feignant l’exaspération.

Un HORRIBLE cauchemar, poursuivit-elle avec l’emphase d’une comédienne expérimentée. Elle connaissait son texte et moi le mien. Deux semaines déjà que nous le répétions de manière assidue, presque scolaire. En réalité, depuis cet après-midi où, dans les allées feutrées de la bibliothèque, elle était tombée sur L’Incroyable Machine de Majorana. Un ouvrage familier dont elle avait vu d’innombrables copies dans tous les recoins de notre appartement. Bien emballées dans des cartons, prêtes à être envoyées aux libraires locaux et surtout totalement accessibles, ce qui, selon sa logique enfantine, les rendaient parfaitement inintéressantes.

   Au soir de cette sortie culturelle, sous la pression de sa curiosité longtemps contenue, je m’étais prêté au rituel de ces lectures vespérales, voire nocturnes.

À la bonne heure ! murmurai-je pour moi-même en m’extirpant délicatement du lit et en la guidant par la main jusqu’à sa chambre.

 

***

 

   Lorsque je fus quitte du quarante-sixième chapitre, le voile d’innocence, qui d'ordinaire drapait les contours de son visage enfantin, s’envola et un sourire narquois s'accrocha à ses lèvres:

Dis papa, il a vraiment triché Tonton ?

   Le passage mettant en cause le sens moral de Paolo n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Mon silence, loin de dissiper l’idée qu’elle poursuivait, la rendit plus insistante :

Alors papa ?

Triché ? finis-je par rétorquer pour grappiller quelques secondes, tel un général acculé préparant une solution de repli.

Ben oui, c’est bien ce qu’il a dit, Jacky, pas vrai ?

   Ah Jacky… Une sacrée langue de vipère et un fieffé jaloux ! À contrecœur, je dus pourtant reconnaître qu’il n’avait pas eu tout à fait tort en dénonçant les pratiques douteuses de Tonton, dont Benoît et moi avions longtemps été les discrets complices. 

   Alors qu’il était toléré que de la farine de crevettes séchées fût utilisée pour attirer les crabes, Tonton, lui, remplissait en douce des filets - de ceux que l’on trouve en supermarché pour emballer citrons et pommes de terre - d’os de poulets rôtis et de restes de viande. Une pierre glissée à l’intérieur pour les lester, un nœud solidement serré pour que les mailles résistent aux pinces acérées des crabes, et ni vu ni connu, il déposait l’appât sur le lit du monard au moment opportun. Les eaux troubles de la marée montante se chargeaient alors de dissimuler le leurre et la bonne odeur se répandait au gré du courant. C’était grâce à cette astuce fort peu équitable il est vrai, mais non moins ingénieuse, que tous les crustacés rouge vif planqués entre les roches des deux rives finissaient dans les filets de Tonton.

   J’expliquai tout cela à Louise, en prenant soin d’évoquer les paniers garnis au cœur de l’enjeu, espérant effacer de son visage sa petite moue réprobatrice.

Comment ça s’est terminé ? me demanda-t-elle sans me juger.

Jacky a fait une pétition.

Une pétition ?

C’est quand on n’est pas content.

Ah…

Il l’a fait signer par des voisins et, ensemble, ils l’ont déposée sur le bureau du maire, lequel, après une profonde inspiration, a déclaré que puisque ses administrés étaient aussi sots que les crabes qu’ils guignaient, il annulait la fête annuelle, il l'enterrait au fond du monard, sous plusieurs couches de vase.

   Pris à leur propre piège, la bande à Jacky tenta bien de retourner la situation mais le maire resta intraitable:

 

   « —Mais...

      —Y a pas de mais! Au moins, ça fichera la paix à plusieurs générations de crabes!

      — Et si...

      — Ça suffit, ma décision est prise. Qu'il en soit ainsi, jusqu'à nouvel ordre! Maintenant, l'audience est levée, vous pouvez rentrer chez vous! »

 

   De contre-ordre, il n'y en eut guère et personne n'osa jamais remettre sur la table le sujet devenu tabou.

 

   Louise ne put masquer son dépit. Elle meubla le silence à peine installé en triturant l'élastique de son pyjama, puis se ragaillardit soudainement et déclara avec aplomb :

Eh ben, moi aussi, je vais faire une pétition !

Ah bon ? Et pourquoi ?

Ben parce que je ne suis pas contente, pardi !

Ah…

Je vais faire signer tous les habitants de Chaillevette. Tous-les-ha-bi-tants!

Elle avait découpé chaque mot, martelé chaque syllabe par un coup de poing sur ses cuisses comme pour conférer plus d'effet à sa déclaration.

C’est une bonne idée, dis-je mollement. Mais je ne suis pas certain que le nouveau maire revienne sur cette décision aussi facilement, surtout après tant d’années… à ce qu’il paraît, il est plus têtu que ses administrés réunis.

Alors je ferai signer tous les Français. Tous les Français, répéta-t-elle, ça fera bien cent signatures, dis ?

Oh oui, peut-être même cent-cinquante, répondis-je amusé.

 

***

 

   Voilà ce qui  m’amène à vous demander, chers lecteurs, chères lectrices, sensibles que vous êtes désormais à la cause chaillevettonne et aux habitants peu raisonnables, mais ô combien attachants de ce bout de pays, de participer avec moi à cette action citoyenne, chère à mon cœur et à celui de ma fille.

   J’ai la conviction que 1 500 messages bien sentis marqueront un excellent départ afin d’obtenir le réhabilitation de la fameuse pêche aux crabes de Chaillevette, mais qu’au moins le double sera nécessaire pour faire entendre raison à notre fameux maire.

   Pour ce faire, je vous invite à  visiter ma page Facebook: http://fb.me/massiasflorent et à y laisser votre commentaire (si vous n' êtes pas adepte de Facebook, vous pouvez rester sur mon blog, cliquer sur "Avis des Lecteurs" et "Poster un commentaire".)

 

Je compte sur vous… Louise aussi !

 

 

 

  

 



14/09/2017
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